Editor’s note: This is the first guest post in our guest series on the Made Here, the FAIT ICI blog. We are deeply honoured to kick things off with Élise Desaulniers.
Élise Desaulniers:
Est devenue végétarienne après avoir lu un texte décrivant les conditions d’élevage industriel et se demande depuis ce jour-là quoi manger. Depuis près d’un an, elle partage ses découvertes, ses réflexions et ses recettes sur Penser avant d’ouvrir la bouche.
On peut également la trouver sur Facebook, Twitter et dans sa cour avec ses chats.
Le film Meat the truth et les conséquences environnementales de la consommation de viande.
La première chose que l’on découvre en poussant la porte de Fait ici, c’est le sourire délicat accroché aux lèvres de Lindsay. Si l’on s’en détache pour se rapprocher des étalages de bois longeant les murs, on remarque alors des cartons sous chaque objet : ils indiquent son lieu de fabrication et la distance parcourue pour se rendre jusqu’à nous. Il ne s’agit pas d’une partie de Mille-Bornes mais bien d’une forme d’engagement écologiste. En effet, la réduction des émissions de CO2 liées au transport est au cœur du mouvement locavore. Et lorsqu’on achète des produits locaux et de saison, on le fait pour le goût, pour l’économie locale, un peu pour faire sourire Lindsay mais sans doute aussi beaucoup pour l’environnement.
Les choix alimentaires pèsent lourd dans l’équilibre de la planète. Dans Diet For A Hot Planet, publié ce printemps, l’écologiste Anna Lappé constate que l’alimentation dans son ensemble est responsable du tiers des émissions de gaz à effet de serre. Le tiers. Une chose est donc sûre : on ne parviendra pas à ralentir le réchauffement climatique sans modifier en profondeur nos habitudes et notre façon de produire la nourriture. Mais comment faire? Consommer des aliments peu transformés qui ont poussé chez le voisin, réduire le gaspillage, revoir l’utilisation des engrais chimiques et les techniques de labours, par exemple. Pourtant, l’essentiel n’est pas là. De l’avis de Lappé et de nombreux scientifiques dont Rajendra Pachauri, président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, c’est la réduction de la consommation de viande qui constitue la meilleure option pour agir immédiatement sur le réchauffement climatique. En effet, selon un rapport de la FAO notre consommation de viande est responsable de 18% des émissions globales de gaz à effet de serre[1].
Meat the truth
Le film Meat the Truth qui sera présenté au Cinéma du Parc de Montréal du 17 au 22 septembre est justement construit autour de cette idée que l’élevage de bétail génère plus de gaz à effet de serre au niveau mondial que toutes les voitures, camions, trains, bateaux et avions additionnés ensemble. Présenté par Marianne Thieme, la cheffe du Parti pour les Animaux en Hollande, le film vient d’être sous-titré en français par l’Association végétarienne de Montréal.
Le documentaire est construit autour d’une conférence qui montre les effets de la production industrielle de viande à l’aide de nombreux exemples concrets entrecoupés de témoignages et de dessins animés particulièrement réussis. Un des témoignages les plus intéressants est celui de Howard F. Lyman, surnommé Mad Cowboy. Lyman est un ancien éleveur de bétail qui mangeait des burgers trois fois par jour. Il raconte avec émotion être devenu végétarien après réalisé les conséquences de la production de viande sur la santé, l’environnement et les animaux. Aujourd’hui, il affirme qu’«un environnementaliste qui mange de la viande, est comme un philanthrope qui ne donne pas la charité ».
Si le bétail est aussi nocif pour l’environnement, c’est que la molécule du méthane (CH4) rejetée par les flatulences des animaux aurait un effet de serre 21 fois supérieur à celle du CO2. La production de viande est également liée à la déforestation qui libère gaz carbonique des arbres tout en réduisant la capacité de l’écosystème à absorber le CO2. En effet, plus de 30% de la surface terrestre est aujourd’hui utilisée directement ou indirectement pour nourrir les animaux qui seront mangés par les humains. Le documentaire explique aussi que le rendement de la viande est comparativement plus faible que celui des végétaux. Une même surface cultivée pour nourrir des animaux mangés à leur tour par un humain carnivore pourrait nourrir jusqu’à dix végétariens. Aux émissions de CH4 et à la déforestation, il faut aussi ajouter plusieurs autres éléments contribuant au bilan d’émissions de GES de la viande : l’utilisation de fertilisants responsable d’émissions d’oxyde nitrique (N20) qui a aussi un effet de serre important, le lisier, la machinerie utilisée, l’énergie nécessaire à la cuisson, etc. Et c’est évidemment sans compter les autres effets de la production de viande sur l’environnement, comme l’utilisation d’eau : produire une portion de bœuf (250g), par exemple, nécessite 4500 litres d’eau alors que produire la même quantité de tofu en requiert cinq fois moins.
Les accommodements raisonnables en matière de végétarisme
C’est vraisemblablement à partir de la publication du rapport de la FAO en novembre 2006, le premier à pointer du doigt le rôle du bétail dans le réchauffement climatique, que le grand public a réellement commencé à remettre en question sa consommation de viande. Jusque là, les arguments en faveur du végétarisme tenaient essentiellement à l’éthique animale. Or, l’argument de la compassion animale s’accommode mal d’une logique du plus ou moins. Dès lors qu’on est sensibilisé à la souffrance animale et qu’on voit des cadavres d’animaux dans son assiette, on a du mal à manger « un peu moins » de viande. En revanche, avec les arguments environnementaux, la situation est différente. On peut tout à fait s’accommoder d’une logique du plus ou moins. Personne ne prône une abolition totale des automobiles, on cherche plutôt une voiture qui consomme moins d’essence, où à ne la prendre que les week-ends. C’est pourquoi la question du rôle de la viande dans le réchauffement climatique ouvre la porte au flexitarisme, c’est-à-dire au végétarisme à temps partiel.
Un flexitarien, c’est quelqu’un qui diminue volontairement sa consommation de viande sans l’éliminer complètement, comme Mark Bittman, chroniqueur gastronomique au New York Times et auteur du best seller Food Matters. Bittman est végétalien jusqu’à 17h et se permet de manger ce qu’il veut en soirée. Le mouvement des Lundis sans viande s’inscrit aussi dans cette tendance. Ce mouvement, déjà bien implanté en Angleterre et aux États-Unis, encourage une diminution de la consommation de viande en rappelant qu’une réduction de 20% aurait un impact environnemental équivalent à celui de changer sa voiture traditionnelle pour une Prius.
Nombreux sont ceux qui ont récemment entrepris de réduire leur consommation de viande. En Angleterre, on a mangé l’an dernier 5% moins de produits carnés qu’en 2005 et la popularité des livres de recettes végés montre que les plats sans protéine animale sont de plus en plus populaires. Alors que le nombre de titres végétariens publiés était à peu près stable d’année en année jusqu’en 2006 (avec environ 200 références sur Amazon.com), on en compte aujourd’hui plus du double avec 531 en 2010. Certes, les livres de recettes en général sont de plus en plus nombreux, mais il n’empêche qu’on est bien loin des années 70 où le philosophe Peter Singer devait inclure des recettes de dahl dans ses essais pour que ses lecteurs sachent quoi manger en devenant végétarien.
Faire plus avec moins
Si on mange un tout petit peu moins d’animaux en occident, la production de viande devrait tout de même doubler d’ici 2050 alors qu’il y aura un tiers de plus de bouches à nourrir qu’il n’y en a aujourd’hui. Difficile d’imaginer comment la planète pourra soutenir chaque année l’élevage de 100 milliards d’animaux avec les conséquences qu’on connaît déjà. Pour l’historien de l’environnement James E. McWilliams et auteur de Just Food, notre consommation de viande doit être réduite drastiquement.
L’auteur, qui n’a rien d’un militant pour le droit des animaux (la question n’est pas du tout abordée dans son livre) a bien tenté de trouver des arguments permettant à un écologiste de continuer de manger de la viande mais a été forcé de constater que tous les problèmes environnementaux étaient étroitement liés à la production d’aliments d’origine animale[2]. Même les supposées solutions éthiques comme le bœuf nourri à l’herbe continuent de poser problème parce que les animaux demeurent inefficaces pour convertir l’énergie en nourriture et continuent de dégrader le sol, l’eau et l’air. En même temps, le modèle des petites fermes biologiques locales ne peut pas être étendu à l’ensemble de la terre pour nourrir l’ensemble de ses habitants. Il faut donc que la consommation de viande et de produits laitiers devienne absolument exceptionnelle. Pour cette raison, McWilliams invite les citoyens des nations développées de donner l’exemple non seulement en n’achetant leurs produits d’origine animale que de sources durables mais surtout, en ne le faisant qu’une fois par mois. On peut le faire. Ici aussi.
Taxer la viande pour sauver la planète ?
Notre mentalité doit évoluer: la consommation de viande doit devenir aussi inacceptable que n’importe quelle autre source de pollution. Et pour ce faire, nous devons prendre conscience des coûts environnementaux de la production de viande. L’an dernier, le philosophe Peter Singer a proposé d’instaurer une taxe sur la viande, comme on l’a fait depuis longtemps pour la cigarette. La proposition de Peter Singer est simple: augmenter de 50% la valeur au détail de tout type de viande. Cela ne pourra que nous encourager à modifier nos habitudes de consommation. Mis à part les lobbys de producteurs, nous avons tous à y gagner.
***
Le film Meat the truth/La vérité incarnée sera présenté au Cinéma du Parc en version originale anglaise sous-titrée en français du 17 au 22 septembre. Chaque soir, la projection du film sera accompagnée d’une discussion avec un spécialiste.
[1] Un rapport plus récent du Worldwatch Institute parle de 51%.
[2] Un rapport de l’ONU paru en avril 2010 nous rappelle que les produits laitiers sont également une source importante d’émission de gaz à effet de serre, soit environ 4%. Les animaux qu’on exploite pour leur lait ont les mêmes effets sur l’environnement que ceux qu’on mange, d’où l’appel à une réduction importante de la consommation de produits d’origine animale et non seulement de viande.





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Wow!
Elise – merci pour avoir partager cet incroyable post.
L’idée de taxer la viande est intéressant, mais je ne suis pas convaincu que le lobby de la viande (qui posséde bcp de pouvoir) va laisser passer un initiative comme cela.
Je vais certainement aller voir le film.
Je suis d’accord avec toi, ce ne sera pas facile. Surtout qu’au Québec, l’Union des producteurs agricoles est un monopole et est très influente auprès des gouvernements. Une première étape serait peut-être simplement d’arrêter de subventionner la viande. Déjà, on paierait les coûts de production réels (mais pas les externalités négatives). Tiens, je vais préparer un billet là-dessus !
THANKS ELISE!!!!!!!!
Oh I love these movies … though they may be hard to watch they are so important to see and I think the images (some graphic some not) are part of what helps us to remember.
Look at the listeriosis outbreak caused by maple leaf meat, when it happened it was all anyone could talk about. They have just recently come out with a catchy commercial and at the end it says
something like “made by the butchers at maple leaf” … BULL SHIT! (http://popgoesthenews.blogspot.com/2010/06/maple-leaf-cuts-heartache-and-pain-of.html)
But images stick.
More images of the truth = HOPE & CHANGE … So keep sharing content everyone!
Thanks again.
Merci pour cette article sur un film qui a l’air particulièrement intéressant. Je me demande si une projection aura lieu en France ?
Au fait, l’UNEP a publié cet été un rapport établissant les pires problèmes pour le développement durable. Ils sont, à gravité égale, la consommation d’énergie (fossile ou non) et la consommation de produits d’origine animale. Ce rapport me semble important à diffuser : http://www.unep.org/resourcepanel/documents/pdf/PriorityProductsAndMaterials_Report_Full.pdf